Juifs de France ou Français juifs?

En cette période de commémoration de la première série d’attentats sur le sol français en 2015, les discours fleurissent pour fédérer la communauté nationale.

On revient sur le concept de Nation, l’idée de République et celle de diversité qui fournit enrichissement culturel et intellectuel et par conséquent bonheur individuel et collectif.

Mais aussitôt, on parle de communauté musulmane ou de communauté juive. En suivant la logique d’un tel discours la France est donc l’agrégat de communautés, lesquelles peuvent donc avoir des intérêts contradictoires, donc que l’on peut, à l’extrême, considérer légitime dans un affrontement d’abord verbal… puis physique.

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11 janvier 2015 Paris Place de la République. AFP PHOTO / BERTRAND GUAY

Pour moi, de façon claire, dans la logique républicaine française de l’État et de la Nation, il ne peut y avoir que des Français. Parce que chacun possède une origine géographique, culturelle, une histoire personnelle, il est possible d’adjoindre au mot « Français » , un qualificatif. Mon ami Haïm Korsia est un Français juif, je suis un Français catholique. Nous sommes l’un et l’autre fermement attachés au fait d’être Français.

Je trouve donc particulièrement irresponsables les homme politiques  qui parlent de communautés, et parmi eux Manuel Valls, notre Premier ministre, qui se contredisent en permanence en mélangeant les notions et ce quelles qu’en soient les raisons.

Messieurs et mesdames les politiques, réfléchissez avant de parler. Cela crédibilisera votre discours et peut-être vos actions.

Encore une histoire de mots

Je ne résiste pas au partage du billet de Philippe Bilger sur son blog « Justice au singulier ». Il n’est pas « remarquable »😉, mais utile. Bonne lecture.

http://www.philippebilger.com/blog/2016/01/des-mots-pour-ne-pas-le-dire.html

 

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Bonne Année 2016

Voeux 2016

Jazz, mécénat, courage intellectuel, et ego

 Lecture matinale du journal  » La Croix » en cette veille de Noël.

Pendant un an, le journal suit la vie du village de Marciac, dont le nom est devenu célèbre dans le monde du jazz. Aujourd’hui, Jean-Claude Raspiengeas décrit l’épanouissement économique de la bastide gersoise grâce à un projet culturel original.

Il ne s’agit pas ici de paraphraser cet excellent article, mais d’attirer l’attention sur un encadré bien en vue, tout en bas de la page,juste au milieu. Impossible de ne pas le voir. Il a pour titre: « La Charge de la Dépêche du Midi ».

La Croix

Ce petit texte explique que le festival a été l’objet d’attaques virulentes dans le journal méridional après la visite de Manuel Valls. Il semblerait que lors du concert auquel participait le Premier ministre, un proche du dirigeant politique local, lequel est par ailleurs propriétaire d’un empire de presse, n’ait pas été placé selon les souhaits du magnat.

Comment analyser ce petit fait, qui n’est grave pour personne si ce n’est pour le festival qui a perdu une source de financement mais aussi de publicité ?

Visiblement à l’origine, il y a une question de préséance. Comment cela se règle-t-il en général ? Par des échanges oraux animés, par des correspondances virulentes. Un mécène n’a-t-il pas droit à des égards? Indiscutablement oui. Mais jusqu’où? Il conviendrait certainement de connaître le texte d’accord entre les parties pour pouvoir juger. Il serait alors intéressant de lire dans quelles conditions le mécène doit être reçu au titre de son aide, et dans quelles conditions sa famille peut « profiter » des conséquences de cet accord.

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« Profiter », un mot important vient d’être prononcé.

Est-ce le mécène qui aide personnellement, est-ce son entreprise ? De la réponse à cette question dépend le positionnement à l’égard de l’individu et de ses proches. Dans le cas qui nous intéresse, y-a-t-il eu abus de la part du mécène ? Nous ne pouvons juger.

En revanche, la manière de procéder permet de le faire. Article sous pseudonyme, refus de droit de réponse au mépris du droit, sinon en croit » La Croix », rupture de relations avec les organisateurs du festival, souligne l’ego démesuré du mécène. Peut-on du jour au lendemain changer de politique mécénat pour un simple sujet de préséance au profit d’un proche? Ne doit-il pas y avoir une cohérence entre la stratégie de l’entreprise et mécénat? Une stratégie peut-elle varier à 180 ° du jour au lendemain pour une querelle de préséance? Quels sont les risques pour le festival et pour le village ? L’ego peut-il menacer une économie locale ? Où est le sens de l’intérêt général?

Quand le mécène est par ailleurs un homme politique influent localement et qu’il peut peser sur des décisions nationales, il y a lieu de s’interroger sur le fonctionnement de notre société et de nos institutions politiques, du népotisme de certains élus. De telles attitudes sont la litière de tout découragement politique, de tout désespoir social.

Mais il est aussi possible d’analyser l’incident sous l’angle de l’individu et de sa famille. En admettant que le mécène quel qu’il soit puisse considérer que l’objet de son mécénat puisse être comme son enfant, il doit admettre que sa descendance puisse acquérir autonomie puis indépendance. Alors dans le cas qui nous intéresse, nous pouvons dire: « pauvres enfants, pauvre père ».

En ce jour de veille de Noël, cette mésaventure du festival de Marciac, fait écho à l’esprit du don et au respect de l’autre, d’autant plus que l’on est puissant.

Les mots toujours les mots

Une citation qui m’a plu trouvée dans « L’Art militaire de Napoléon » de Jacques Garnier, récemment paru chez Perrin

« A la guerre, il faut d’abord bien établir la langue pour s’entendre, car c’est faute de cela qu’on prend une chose pour une autre ».

L'Art militaire de Napoléon

Revenir sur la communication en travaillant sur les « artistes de l’extrême »

C’est du défaut de compréhension de ce qui est dit que découlent les erreurs dans l’action. Il faut donc revenir au principe de base de la communication: émettre un message, ce n’est pas se contenter de le concevoir et de l’émettre, c’est aussi s’assurer qu’il a été bien compris, quitte à le reformuler.

Au moment de l’action guerrière, il n’est plus temps d’établir le code. Cela demande donc de l’anticipation et de la réflexion. L’absence de communication peut donc tuer concrètement et aussi efficacement qu’une balle.

C’est pour cela que l’armée de Terre française a rédigé un document de référence qui facilité à la fois la conception et l’exécution des ordres et que l’OTAN a fait de même avec des « standards » ou « standard agreements » (STANAG).

Comment faire après ces heures tragiques? Réflexion modeste mais d’espoir sombre qui vaut ce qu’elle vaut.

Chacun à sa place peut se sentir impuissant face à la barbarie qui s’est déchaînée vendredi soir. Chacun à sa place peut se sentir concerné. Que faire, moi qui n’ai aucun pouvoir, moi qui n’ai aucun moyen pour agir, moi qui doute quand même du résultat de la mobilisation qui a de fortes chances de ne pas avoir de lendemain.

Alors j’écoute la radio pour me faire croire que je m’associe concrètement à la douleur de gens que je connais peut-être, que je connaitrais peut-être demain parce qu’ils annuleront un rendez-vous prévu de longue date. Alors j’écoute la radio: « il faut faire plus!  » « ils n’ont pas été prévoyants » « il faut frapper fort! »

Alors j’écoute la radio et les incantations m’exaspèrent, augmentent mon sentiment d’impuissance, de révolte. Je coupe la radio, le net, facebook, twitter. je jette tout. Marre! J’en ai marre!

Marre! Pourquoi en est-on là? Parce que des hommes et des femmes (ne les oublions pas il doit y en avoir aussi) veulent imposer leur façon de voir. Cette façon de voir correspond-elle à quelque chose? Les Musulmans, les érudits disent que cette façon d’agir suicidaire, cette façon de décapiter les otages ne correspond pas au message de l’Islam. Alors qu’est-ce qui les pousse, ces sauvages-là, à venir se faire exploser inefficacement sur l’esplanade du Stade de France? A massacrer des gens froidement arme à la hanche? Quelqu’un leur a promis quelque chose qui dépasse notre entendement. Qui est, qui sont, ce quelqu’un?

Le drapeau tricolore et le dôme des Invalides symbole de résilience

Le drapeau tricolore et le dôme des Invalides symbole de résilience de force et de prestige

Xavier Raufer expliquait ce matin sur France Info qu’on ne savait pas qualifier Daesh. On connaît les cinquante personnes qui agissent, on connaît les conséquences de leurs agissement, mais on ne comprend pas leur motivation.

Alors certes on peut vouloir les capturer; les éliminer comme le souhaite le Premier ministre. Mais tant que nous ne connaîtrons pas leur motivation réelle nous ne pourrons pas les combattre efficacement. Ces cinquante là, qui semblent être issus de l’ancienne armée de Saddam Hussein, que veulent-ils? Comment arrivent-ils à embrigader, endoctriner leurs troupes, leurs assassins. Qu’en tirent-ils eux-mêmes?

Je pense que les armes aussi nécessaires soient-elles ne suffiront pas. Il faut mieux connaître ces cinquante là, faire connaître à leurs affidés leur objectif caché et les décrédibiliser. Quand ils seront tombés de leur Olympe, alors les écraser sera certainement plus facile. Quand ils seront décrédibilisés, il leur sera plus difficile d’envoyer en France, mais aussi en Europe des commandos barbares parce qu’ils ne trouveront plus personne pour en faire partie. Quand ils seront décrédibilisés, ils seront donc limités à une action en Syrie et en Irak. Quand ils seront décrédibilisés, ils pourront être étouffés dans leur repaire.

Donc il faut du renseignement, donc du temps et de l’argent mais peut-être et surtout de la volonté politique, de la volonté de la part des citoyens dans la durée.

Bon courage à nos dirigeants, pour qu’ils aient une vision claire de la situation, bon courage aux élus pour les aider à choisir et surtout pour les soutenir peut-être malgré nous, bon courage et bonne chance à nos agents de renseignement, bon courage à nos policiers et nos soldats. Ils donneront certainement leur sang dans la douleur.

Bon courage à vous, à nous.

Nous avons à réaliser des sacrifices, à accepter la douleur qui vient, dans la durée.

Pourquoi être Charlie?

Le Club de la presse Val de Loire a été sollicité par la rédaction de l’hebdomadaire gratuit tourangeau  TMV pour que les membres de cette association rédigent un papier sur les événements de la semaine.

Voici mon texte:

« c’est peu dire que j’appréciais fort peu Charlie Hebdo. Je les trouvais un peu vulgaires.
Je pouvais rire de quelques crobards de Cabu dans le Canard. Mais pas toujours, voire pas souvent. Lui et ses confrères ont trop méchamment caricaturé l’uniforme que j’ai porté pendant 28 ans. Ils étaient à l’opposé de ce que je pensais en général… peut-être plus dans la forme que dans le fond en fait.
J’ai vu, en Europe ou en Afrique, dans les yeux d’hommes et de femmes, la peur, la haine et j’ai senti l’odeur et le frisson de la mort.
Je n’en veux ni en France ni en Europe, ni ailleurs.
Personne n’a le droit de se faire justicier.
Ceux avec lesquels je n’étais pas d’accord, par leur mort, deviennent un symbole. J’adhère au symbole.Crayon Charlie 40761c7e-8b08-425f-817c-c5167cd9e5db-large
Alors, aujourd’hui, moi aussi je suis Charlie, moi aussi je brandis mon crayon pour écrire, pour défendre la liberté qui existe dans mon cher pays, moi aussi je suis Charlie et je dresse mon crayon contre l’obscurantisme, moi aussi je suis Charlie et je souligne l’importance du rire de la dérision, moi aussi je suis Charlie et je tends mon crayon pour que mes enfants, mes futurs petits-enfants, soient heureux et ne vivent pas dans l’angoisse de l’autre.
Pas d’accord avec Charlie, mais derrière Charlie.
Derrière? Non! Je suis Charlie! Et armé de mon crayon, je ne plierai pas la nuque. J’éclaterai de rire devant celui qui m’opposera sa kalachnikov. Mon rire lui éclatera au visage avant que sa balle ne m’atteigne. Je serai plus fort que lui, parce que je suis libre.
Vive la vie, vive le joie, vive mon beau pays.
Je suis, nous sommes Charlie. »

Ça fait peu pompeux. Mais il en faut en ces circonstances parce que la pompe oblige à une certaine prise de recul. Il ne faudrait que ces salopards gagnent quand même. J’aurais l’air malin le jour où une fois de plus une kalach appuiera sur mon ventre. J’espère alors, en me liquéfiant dans mon pantalon me souvenir de ce que j’ai écrit pour rester moi-même, un peu inconscient, un peu bravache, français quoi.