La mort de Ben Laden ou la maîtrise de la communication.

Dans un précédent post, je vous faisais part de ma surprise de constater les hésitations de l’administration américaine dans sa communication après l’annonce de la mort de « l’ennemi public numéro un ». Sur son blog EGEA, un camarade pense au contraire que tout a été calculé en prenant en compte le besoin vital des médias d’avoir de l’information, et ici des preuves de l’information. Le problème est que l’analyse évoquée ne prend pas en compte l’incertitude qui règne dans la préparation de l’opération et se fixe sur ce qui se passe une semaine après. Pouvait-on savoir que OBL serait tué (çà c’est possible si un ordre a été donné)? A postériori, Olivier Kempf explique que l’exploitation des vidéos où l’on voit OBL en train de se regarder permet de prouver que l’action militaire a été effectivement menée.  Que cette exploitation prouve qu’il y avait une stratégie de communication. Pouvait-on savoir avant l’action que l’on trouverait ce type de documents? Que l’on trouverait d’autres fichiers ridiculisant le maître du terrorisme? Il s’agit ici d’une exploitation, au sens de l’exploitation tactique, habilement menée et fort opportune, mais en aucune façon la preuve d’une stratégie nouvelle de communication et d’utilisation raisonnée sous une autre forme du brouillard de la guerre.

Je crains que l’analyse d’Olivier Kempf ne soit pervertie par son désir légitime d’analyse et de découverte de nouveaux principes ou théories. De mon côté, je suis persuadé que cette opération terriblement risquée, militairement, diplomatiquement et politiquement a sidéré l’effort de réflexion sur l’après opération. La preuve en est des images de Barrack Obama et son entourage présents dans la pièce devant un écran. Preuve en est le manque de coordination des messages tant dans leur nature que dans leur but. Le président américain a découvert la guerre avec son stress ses incertitudes. « Pourvu que çà marche! » Même si l’exploitation médiatique qui a suivi le dépouillement des documents ramenés est excellente, les débuts ont été plus que laborieux. Comment ne pas avoir envisagé la mort de OBL, les blessures horribles, la nécessité de la sépulture en terre?

Il n’y a donc pas nouveauté. Je pense que la Maison Blanche a été surprise par l’ampleur du succès, par la réalité de la guerre, qu’elle n’avait pas assez préparé les premiers instants de la communication notamment dans la coordination des émetteurs de messages: en fait, elle n’avait défini des effets à obtenir que dans le domaine politique. Elle n’en avait pas déduit les effets subsidiaires. La communication nécessite de la cohérence entre tous les acteurs dans leur recherche de l’atteinte des effets à obtenir. Ici ce n’était visiblement pas le cas dans les premiers moments. S’il n’y avait pas de cohérence, c’est que la stratégie n’était pas poussée suffisamment dans sa réflexion.

Au bilan, belle opération politique médiatique sur le moyen terme, mais avec de belles traces d’impréparation qui auraient pu déboucher sur un beau fiasco.

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