A Joué-lès-Tours:les excuses de la Gendarmerie!!!

A Joué-lès-Tours, lundi dernier, « vers 15 h, un fourgon banalisé de gendarmerie a fauché un groupe de vingt-trois écoliers. Hier soir, le dernier bilan était d’un mort – une fillette de 10 ans – et de dix enfants blessés. Le pronostic vital est engagé pour deux d’entre eux.
A 200 m du rond-point, l’école Mignonne où étaient scolarisées les victimes a mis son drapeau en berne. Luc Chatel et Claude Guéant s’y sont rendus, hier matin. Au nom de la gendarmerie, le ministre de l’Intérieur a présenté ses « excuses aux familles
 » ».

Voilà ce que l’on trouve sur le site du journal 20 minutes, information reprise depuis hier en boucle sur les chaînes de radio.

Nous sommes en présence d’un drame, un vrai avec deuil, larmes légitimes des parents. De jeunes vies ont été fauchées par un véhicule, mais n’importe lequel: un véhicule banalisé conduit par un gendarme. Un gendarme, c’est à dire un homme qui est normalement chargé de protéger ses concitoyens.Le drame aurait-il changé de nature si le conducteur avait été l’artisan boulanger du bout de la rue? Assurément pas. Il y a drame et douleur légitime. Les parents des victimes méritent de la compassion, il est légitime de leur en témoigner.

Mais est-ce du niveau d’un ou de deux ministres de le faire en se déplaçant? Personnellement, j’en doute. L’Etat a sur place des représentants, pourquoi ne pas les employer? Pendant qu’un ministre se déplace, à mon sens,  il ne gère pas les affaires. Il n’est pas au bon niveau de travail. De plus le déplacement systématique banalise le déplacement.

Mais en dehors du drame, du point de vue de la communication, je suis affligé par ces excuses. Quand formule-t-on des excuses? Quand on a commis une faute. Saurait-on déjà que la Gendarmerie a commis une faute avant même que l’enquête ne soit conclue?… Ou bien saurait-on déjà que les conditions d’emploi de ce gendarme au sommet de Deauville, d’où il semblait revenir au moment de l’accident, ne lui permettait pas de revenir seul au volant de ce fourgon? Or qui emploie la Gendarmerie si ce n’est le ministre de l’Intérieur? Qui donne les moyens de travailler à la Gendarmerie? Alors pourquoi « au nom de la Gendarmerie » et pas » au nom du ministre de l’Intérieur »? Des excuses? Et si le gendarme n’avait commis aucune faute? Et quand bien même si sa responsabilité était engagée, impliquerait-elle toute la Gendarmerie, tous les gendarmes? N’y aurait-il pas là un déni de présomption d’innocence dont on parle beaucoup à propos de DSK, mais pas, comme par hasard, quand il s’agit d’un éxécutant.

Compassion n’est pas demande d’excuse. En fait, en présentant ces « excuses » Monsieur Guéant commet à mon sens une erreur , voire une faute de communication à l’égard des gendarmes mais aussi des citoyens. A l’égard des gendarmes, parce qu’il les implique tous, sans qu’il y ait eu, au moment où il a parlé, de preuve de faute ni personnelle ni de service. A l’égard du citoyen, parce qu’il accrédite l’idée que lorsqu’un fonctionnaire est impliqué dans un drame, ce dernier est forcément responsable. Ces excuses décrédibilisent les fonctionnaires, discréditent surtout celui qui les a formulé. Le geste de communication compassionnelle mal compris se retourne contre son auteur, mais pire contribue à affaiblir la parole de l’Etat.

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