Je demande pardon à Anne Lauvergeon

Il m’arrive de lire parfois Les Echos. Avec La Croix, çà fait sérieux n’est-ce pas?

La semaine dernière, mercredi 15 juin plus précisément, j’ai bondi en voyant la Une du journal. Sur une photo de la patronne d’Areva un titre citation: »Il n’y aura pas d’hiver nucléaire ». J’avais le sujet de mon blog.

Cette phrase était pour moi le summum de l’arrogance technicienne. « Pas d’hiver nucléaire après Fukushima » voulait dire « il n’y a aucun risque d’hiver nucléaire » . L’hiver nucléaire, c’est après l’explosion, la désertification, le vent qui souffle sur des paysages désolés, c’est la fin du monde. Or justement, Fukushima montre que malgré toutes les prévisions, il peut y avoir des risques, il peut y avoir sur certaines régions du monde un hiver nucléaire. Donc, je me suis emporté contre Anne Lauvergeon  et surtout contre ses communicants. Je me disais qu’à trop vouloir rassurer et vendre ses centrales Areva allait contre les évidences. Si quelqu’un d’autre, un scientifique de renom par exemple, le disait pourquoi pas. Mais Anne Lauvergeon est partie prenante dans le sujet. Donc non seulement son affirmation n’est pas crédible, mais en plus le fait qu’elle l’affirme elle, renforce le sentiment de méfiance sur le nucléaire. J’étais furieux.

Mais voilà, je n’avais lu que la Une. En lisant l’article, je constate que dans le contexte de l’interview, l’hiver nucléaire n’est pas celui auquel je pense. « L’hiver nucléaire » c’est un coup de froid sur les ventes de centrales et sur l’utilisation de l’électricité nucléaire. Tout est argumenté, logique… et convaincant.

Nous sommes ici dans un exemple type de ce que j’essaye d’expliquer à mes interlocuteurs en matière de communication média: le défaut d’interprétation des médias, la méprise du lecteur. Le titre de l’article en une n’est pas tout à fait celui qui figure en page intérieure, le titre de l’article ne traduit que fort mal le contenu de l’article.

Faut-il y voir malveillance? Dans le cas présent, pourquoi pas. Mais restons simples et ne sacrifions pas à la mode de la recherche systématique du complot. Reprenons le mode de fonctionnement des journaux. Le journaliste rédige son article, le fait certainement vérifier par le servie communication voire la présidence d’Areva, suggère un titre. Or ce journaliste n’est pas responsable du titre publié. Il passe la main au  secrétaire de rédaction. Le rôle de ce deuxième journaliste est de mettre en page l’article avec les photos, de mettre en valeur l’article pour attirer le lecteur et lui faire lire la page. A-t-il  bien lu le papier? Sait-il ce que veut dire « hiver nucléaire »? Voulait-il provoquer? Toujours est-il que le troisième journaliste responsable de la mise en page de la Une réduit quant à lui franchement la pensée d’Anne Lauvergeon.

De surcroît, c’est le journaliste qui emploie l’expression sans qu’elle soit reprise autrement que par un « non »: « Après Tchernobyl, il y a eu un « hiver du nucléaire ». Ce ne sera pas le cas après Fukushima? » demande le journaliste. Anne Lauvergeon répond: « Non , je ne le pense pas. »

Mais alors… Mais alors… Mince! Vite: je relis le titre en Une et m’aperçois qu’il ne s’agit pas de « Il n’y aura pas d’hiver nucléaire » mais de « Il n’y aura pas d’hiver du nucléaire« . Remince! Je lis mal, je m’enflamme trop vite. Trop de culture tue la lecture…  ( j’aime bien cette phrase qui pourrait faire un beau sujet de concours) Le sens n’est plus du tout le même. Mais la lecture rapide, le passé culturel peuvent créer une erreur d’interprétation, une erreur de perception. La preuve.

Moralité 1: ne pas se contenter de parcourir les titres. Lire les articles. Réfléchir sur ce qui y est écrit et revenir calmement dessus. Chasser les erreurs de perception potentielles.

Moralité 2, pour ne pas avoir respecté moi -même cette règle que j’enseigne depuis bientôt 12 ans à différents publics, je suis à l’amende.

C’est pourquoi, devant vous lecteur de ce blog très important en matière de communication ( 😉   ), je demande officiellement pardon à Anne Lauvergeon d’avoir osé penser qu’elle n’était qu’une technocrate techniciste et arrogante. Anne, même si vous ne me lisez pas,  je vous présente à genoux mes excuses pour m’être emporté contre vous.

De plus, je dois vous remercier car vous m’avez permis de mettre en exergue deux phénomènes important en communication: la crédibilité et la perception.

Reste à espérer, que l’Exécutif n’a pas commis la même erreur de perception que moi, que cela ne l’a pas conduit à désigner quelqu’un d’autre à la tête d’Areva pour cette seule raison… 😉

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2 réponses à “Je demande pardon à Anne Lauvergeon

  1. L’hiver nucléaire peut probablement faire suite à une explosion nucléaire mais sûrement pas à une explosion dans une centrale nucléaire.

    Il faudra un jour apprendre au grand public à faire la différence, cela évitera à Merkel de fermer ses centrales plutôt que ses autoroutes des millions de fois plus meurtrières.

    Avec tous mes respects Mon Cpt… 🙂

    • J’aime bien ce lien que vous faîtes entre hiver nucléaire et arme atomique. Cela n’est certainement pas pour rien dans ma réaction. Mais au bilan, sur de tels sujets, on voit bien que les mots doivent être pesés pour éviter les confusions.

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