Télescopage autour de la mort

La semaine dernière se tenait un très bon colloque sur les « blessures invisibles » organisé par la revue « Inflexions: civils et militaires pouvoir dire » et le Centre de recherche des Ecoles de Coëtquidan (CREC).

Le week-end dernier mon camarade Miche Goya a conseillé avec enthousiasme la lecture signé par un sergent de l’armée française.

Aujourd’hui, c’est la fête des morts pour les chrétiens. Le journal La Croix consacre un petit dossier sur les nouveaux rituels funéraires.

Quel point commun entre ces trois évènements  la mort?   « Rien que » et surtout la mort que chacun d’entre nous a tendance à occulter.

Lors du colloque, un médecin en chef qui a travaillé auprès des commandos marine, a donné une définition des blessures invisibles appelées en jargon médical anglicisé PST pour « syndrome post traumatique »: « une rencontre particulière inattendue avec la mort« . Le meilleur exemple cinématographique de ces PST est le le film « Les Fragments d’Antonin » de Gabriel Lebomin (2006).

Dans le dossier de La Croix, Damien Leguay, philosophe , explique que le rituel qui va de pair avec la décomposition du corps aide à faire le deuil, d’autant plus que le corps possède une dernière demeure. L’article d’à côté est un propos du pasteur Jacques-Noël Pérès, qui souligne que nier la mort c’est nier la résurrection, c’est comme perdre espoir. Cet espoir qui manquait tant dans les deux pages que Nathalie Guibert consacrait au sujet dans Le Monde en date du 23 octobre.

En ouverture de son livre « D’Une Guerre  à l’autre« , le sergent Douady, cite une phrase extraite de la lettre d’un de ses subordonnés tombé en Afghanistan  à ses parents: « La mort nous suit, on la combat, on la donne pour que les nôtres l’évitent. Un acte héroïque pour certains et le plus terrible des pêchés pour d’autres. On n’oublie pas, on vit avec et on passe outre« . En-dessous la signature: « Marsouin de 1° classe Cyril Louaisil, 2° RIMa, Mort pour la France le 18 mai 2011″.

Mort pour la France: les militaires emploient encore le mot « mort ». Quelle expression grossière pour certains. Moi je l’aime de plus en plus, même si sa signification est terrible. Mort pour la France.

Au mois d’août dernier, lors l’hommage national du major Franck Bouzet, un journaliste de LCI me faisait part de sa relative incompréhension face à ce besoin de commémorer les militaires ainsi tombés. Revenir sur la mort au cours d’une cérémonie, n’est pas doloriste, mais plutôt un retour sur l’essentiel pour mieux repartir. Penser à la mort, la considérer comme faisant partie de la vie. Pas facile mais aujourd’hui c’est le jour des morts, alors pensons-y un peu, pensons à nos morts dont Cyril Louaisil,  marsouin de 1° Classe au 2° RIMA, dont Franck Bouzet, major au 7° BCA, dont Jallal Hami, sous-lieutenant à Saint-Cyr dont…

Utiliser les mots, leur rendre vie c’est aussi de la communication.

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2 réponses à “Télescopage autour de la mort

  1. Frédéric Miquel

    Merci de rappeler simplement mais clairement la vertu des mots et des rituels.
    Communiquer c’est effectivement utiliser les bons mots au bon moment.
    Dans un monde qui a peur de la réalité et qui se cache souvent derriere son petit doigt ( si j’ose la métaphore) il est salutaire d’appeler les choses par leur nom.

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