Jazz, mécénat, courage intellectuel, et ego

 Lecture matinale du journal  » La Croix » en cette veille de Noël.

Pendant un an, le journal suit la vie du village de Marciac, dont le nom est devenu célèbre dans le monde du jazz. Aujourd’hui, Jean-Claude Raspiengeas décrit l’épanouissement économique de la bastide gersoise grâce à un projet culturel original.

Il ne s’agit pas ici de paraphraser cet excellent article, mais d’attirer l’attention sur un encadré bien en vue, tout en bas de la page,juste au milieu. Impossible de ne pas le voir. Il a pour titre: « La Charge de la Dépêche du Midi ».

La Croix

Ce petit texte explique que le festival a été l’objet d’attaques virulentes dans le journal méridional après la visite de Manuel Valls. Il semblerait que lors du concert auquel participait le Premier ministre, un proche du dirigeant politique local, lequel est par ailleurs propriétaire d’un empire de presse, n’ait pas été placé selon les souhaits du magnat.

Comment analyser ce petit fait, qui n’est grave pour personne si ce n’est pour le festival qui a perdu une source de financement mais aussi de publicité ?

Visiblement à l’origine, il y a une question de préséance. Comment cela se règle-t-il en général ? Par des échanges oraux animés, par des correspondances virulentes. Un mécène n’a-t-il pas droit à des égards? Indiscutablement oui. Mais jusqu’où? Il conviendrait certainement de connaître le texte d’accord entre les parties pour pouvoir juger. Il serait alors intéressant de lire dans quelles conditions le mécène doit être reçu au titre de son aide, et dans quelles conditions sa famille peut « profiter » des conséquences de cet accord.

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« Profiter », un mot important vient d’être prononcé.

Est-ce le mécène qui aide personnellement, est-ce son entreprise ? De la réponse à cette question dépend le positionnement à l’égard de l’individu et de ses proches. Dans le cas qui nous intéresse, y-a-t-il eu abus de la part du mécène ? Nous ne pouvons juger.

En revanche, la manière de procéder permet de le faire. Article sous pseudonyme, refus de droit de réponse au mépris du droit, sinon en croit » La Croix », rupture de relations avec les organisateurs du festival, souligne l’ego démesuré du mécène. Peut-on du jour au lendemain changer de politique mécénat pour un simple sujet de préséance au profit d’un proche? Ne doit-il pas y avoir une cohérence entre la stratégie de l’entreprise et mécénat? Une stratégie peut-elle varier à 180 ° du jour au lendemain pour une querelle de préséance? Quels sont les risques pour le festival et pour le village ? L’ego peut-il menacer une économie locale ? Où est le sens de l’intérêt général?

Quand le mécène est par ailleurs un homme politique influent localement et qu’il peut peser sur des décisions nationales, il y a lieu de s’interroger sur le fonctionnement de notre société et de nos institutions politiques, du népotisme de certains élus. De telles attitudes sont la litière de tout découragement politique, de tout désespoir social.

Mais il est aussi possible d’analyser l’incident sous l’angle de l’individu et de sa famille. En admettant que le mécène quel qu’il soit puisse considérer que l’objet de son mécénat puisse être comme son enfant, il doit admettre que sa descendance puisse acquérir autonomie puis indépendance. Alors dans le cas qui nous intéresse, nous pouvons dire: « pauvres enfants, pauvre père ».

En ce jour de veille de Noël, cette mésaventure du festival de Marciac, fait écho à l’esprit du don et au respect de l’autre, d’autant plus que l’on est puissant.

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