Archives de Catégorie: Conseil

J’aime beaucoup Jérôme Cahuzac et sa scupidité

Je suis sûr que vous ne me croyez pas!

Et pourtant, j’apprécie beaucoup ce monsieur qui représente bien le concept de scupidité inventé par un de mes camarades (cf post plus haut). En plus de la cupidité et presque de la stupidité s’ajoute le goût du pouvoir et de la représentation.

Je ne veux pas hurler avec les loups ni surtout frapper un homme à terre.

Mais je vous dis que j’apprécie beaucoup les erreurs et le fautes commises par cet homme. Elles permettent de rappeler ce qu’exigeait certains révolutionnaires: les élites doivent être intègres si ce n’est pures. Quand on a des responsabilités on doit agir publiquement en cohérence avec sa vie quotidienne. Quand on communique, on ne ment pas.

Cahusac

Cohérence, mensonge, fraude, tout cela est présent dans cette affaire. Pourquoi? Parce que les partis chargés de sélectionner les élites politiques n’ont pas fait leur travail. Je pense réellement que c’est le leur, et pas celle du gouvernement. Ont-ils les moyens de vérifier les dires de leurs membres? Peut-être pas, auquel cas peut-être peuvent-ils demander l’aide de l’État. La difficulté est de savoir dans quelles limites. Mais ce sont bien les partis qui doivent présélectionner les candidats. J’aimerais qu’il y ait un cursus honorum à la romaine pour les élus et qu’ils ne puissent exercer leur mandat trop longtemps pour éviter les baronnies, pour faciliter l’implication d’un plus grand nombre dans la vie démocratique qui apparaît aujourd’hui quelque peu confisquée.

Moi j’aime bien cette affaire. Et je pense que le président de la République aussi… Vous ne me croyez pas? Peut-être va-t-il pouvoir ainsi provoquer un salutaire débat sur le statut des élus, sur le cumul des mandats? Il n’est pas normal que les élus soient dans leur grande majorité issus de la fonction publique sans connexion réelle avec le monde économique. Il faut crédibiliser nos élus pour éviter les dérives démagogiques.

Maintenant, j’espère qu’on ne poussera pas à bout cet homme qui pourrait être à la retraite.

Moi j’aime bien l’affaire Cahusac. J’en espère beaucoup!

Cahuzac-à l'AN

Publicités

« Il est hors de question de céder » et penser comme l’autre

Au cours d’une formation, un cas concret est étudié.

-Et vous que feriez-vous à la place de ce responsable?

La réponse tombe: -il est hors de question de céder! La loi est pour nous!

– Oui vous avez raison (notez le caractère bienveillant du formateur… qui ne voulait pas se faire lyncher  non plus). La loi est pour vous. Mais que risque-t-il de se passer? Immédiatement, et sur le moyen terme, pour vous et votre organisme? Et pouvez-vous me rappeler votre objectif initial? Comment pouvez-vous l’atteindre si vous envisagez la situation d’abord sous l’angle de la loi?

Silence pesant…

On peut avoir la loi pour soi et avoir tord en terme de communication… Pas facile à faire admettre à des responsables qui sur le fond… Pas facile de penser comme l’autre, de se mettre à sa place pour prendre une décision.

Vouer Renault aux gémonies pour manque d’humanité ou le comble de la recherche de l’excellence

Quel méchant Renault! Renault dans la pseudo affaire d’espionnage qui a conduit à licencier trois ingénieurs expérimentés, a été jusqu’à envisager leur suicide. La preuve? Des communiqués prêts à diffusion ont été divulgués.

Renault est-il si mauvais que cela? D’un point de vue communication, il est toujours avantageux de pouvoir réagir vite, donc de préparer le travail en envisageant toutes les hypothèses.  Comme de plus, Renault est un univers d’ingénieurs où chacun est habitué à pousser les raisonnements, en fonction de « process » bien établis, le plus loin possible pour arriver aux limites, il n’est pas anormal que l’on ait pu envisager le suicide de l’un des cadres renvoyés. N’oublions pas que Renault avait connu peu de temps auparavant une série de drames de ce type sur les lieux de travail. Dans l’analyse du travail souterrain trop méconnu des communicants, cette préparation est donc à la fois logique et même plutôt une bonne chose.

Cependant, entre envisager, se préparer à l’acte désespéré d’un ancien collaborateur et l’écrire noir sur blanc, même sans mentionner le nom, il y a une frontière imperceptible qui fait passer de l’action prévoyance légitime à celle d’attitude froide et inhumaine. « Si vous avez envisagé le suicide d’un de vos anciens employés, pourquoi n’avez vous pas été retenu dans votre action de licenciement? » Nous sommes en fait entré dans la non assistance à personne en danger.

L’acte technique de préparation était peut-être légitime, mais sa seule réalisation amplifie l’image d’une entreprise déshumanisée. La logique intellectuelle devient un outil au profit d’un monstre froid.

Les communicants de Renault ont voulu bien faire en anticipant un problème réel, ils ont amplifié l’image caricaturale de leur entreprise. L’intention était presque louable, la réalisation trop logique, trop scientifique, est une catastrophe pour la perception de l’entreprise et de ses dirigeants.

En communication, méfions-nous des règles préétablies et parfois, c’est un comble, du travail préalable trop bien fait qui peut engoncer les organisations et empêcher leur adaptation.

A bas l’antinomie! : sûreté et communication dans les entreprises, cela bougerait-il?

Pour les besoins d’une formation, je me suis penché sur l’excellent « Livre blanc » du Club des directeurs de sécurité des entreprises (CDSE).

Un article de ce document traite de la communication. Sous la plume de Alain Belleface, responsable sûreté du groupe Vinci, « La sûreté au défi de la communication » , le lecteur constate qu’une réflexion se développe sur les rapports entre la fonction communication et la fonction sûreté. L’auteur aimerait transformer l’image négative que certaines affaires ont pu donner du travail. On peut le comprendre pour des raisons de crédibilité, de qualité du recrutement, pour des raisons d’efficacité. Dans un deuxième temps il souligne qu’il a besoin de la fonction communication pour accomplir son travail pour finir par la nécessité de « répondre aux exigences de la transparence ».

En fait le problème est bien de savoir comment deux fonctions apparemment antinomiques peuvent travailler ensemble pour le bien de l’entreprise.

D’un côté une fonction technique à caractère scientifique -une action génère automatiquement une conséquence connue- , de l’autre une fonction qui repose plus sur des principes que sur des certitudes quant aux effets, une fonction qui inscrit, sauf en temps de crise, son action dans le temps. Jamais la communication ne pourra compenser des fautes de comportement, tout au plus pourra-t-elle valoriser la qualité des hommes et du travail accompli. La communication peut aider la sûreté à accomplir sa mission, la sûreté peut servir de garde-fou à la communication. La communication a besoin de la sûreté pour savoir et expliquer en interne et en externe, pour savoir ce qui mérite d’être protégé à tout prix pour le bien de l’entreprise. Car la communication participe elle aussi à la protection de l’entreprise… où a son affaiblissement. Mais de là à demander de pratiquer la transparence… quand même! En interne pour quoi pas, pourrait-on penser. Mais faut-il mettre la place « publique » certaines informations que ce soit dans le domaine RH ou le domaine de la production? J’en doute fort. Tout dépend à qui est destinée l’information et pour quoi faire. La question est celle du dosage de l’utilisation de la confidentialité. Le problèmes est le même dans les deux  fonctions. Indéniablement, à mon sens, le directeur de la communication a besoin de connaître beaucoup de choses pour anticiper les actions de prévention et éviter d’en mener d’autres qui risquent très rapidement d’être prises à contrepied.

La communication comme la sûreté sont des fonctions qui ne peuvent avoir de vies autonomes. En y réfléchissant, elles ont beaucoup plus de points communs que de différences. La confiance et le respect sont de éléments clé de cette nouvelle relation. Il ne peut y avoir de confiance et de respect que par une connaissance mutuelle relativement profonde de l’autre. Au-delà de la maladresse de manipulations de certains concept, cet article  d’Alain Belleface marquerait-il la fin de la guerre entre ceux qui savent et ne disent qu’à une seule personne et ceux qui savent un peu et parlent à beaucoup de gens? Va-t-on vers une égalisation des considérations? Vers un respect mutuel gage d’efficacité?

La formation que j’ai dispensée, pendant deux jours très récemment, montre, à la réaction des stagiaires, que la notion de complémentarité non seulement séduit, mais trouve des applications très rapides, que le respect mutuel peut déboucher facilement et rapidement sur un accroissement de l’efficacité globale du management et donc de celle de l’entreprise.

Alors espérons… et travaillons pour.

La comm? Cela fait aussi partie du métier des militaires

Il y va fort Jean Guisnel avec son post intitulé: Afghanistan: Hollande impose le silence aux armées. On le sent énervé…

On le comprend un peu.

Il est dommage de souligner des problèmes alors que le propos serait plutôt de parler des soldats français qui sont tombés samedi matin en Afghanistan. Il ne faut quand même pas les oublier, eux, leurs familles, leurs frères d’armes.

Mais il est quand même possible de souligner une sorte de boubiboulga dans  la gestion de l’affaire sur le plan médiatique.

Nous savons tous, que lorsque la crise se déclenche surtout à des milliers de kilomètres qu’il est difficile d’avoir d’un seul coup un compte rendu précis et détaillé qui permet d’expliquer ce qui se passe. Le ministère de la Défense et les communicants militaires en particulier savent pourtant faire. Et hier silence radio insipide sauf de la part du politique, annonce des unités touchées sans que visiblement les familles ne soient encore prévenues..; mise à l’écart des militaires.

De facto, la DICoD, service de niveau ministériel, semble avoir été court-circuitée et l’état-major des armées muselé. Or ils savent faire dans ce genre de situation. Alors qu’est-ce qui a changé? Deux conseillers auprès de politiques, à l’Elysée et à Brienne.

Lors de la première conférence de presse du ministre de la Défense, Jean-Dominique Merchet aurait pu ne pas poser une question importante pour le ministre lui-même, si le DICoD lui ne lui avait pas tendu un micro. Ah connaître le terrain! Le terrain ce sont les journalistes mais aussi les gens qui savent faire, connaître des structures avec leurs forces et leurs faiblesses. Hier on interdit aux militaires de parler pour privilégier le discours politique. Celui-ci est légitime, celui des militaires l’est autant et il peut conforter le premier. Il suffit de coordonner. Le terrain médiatique n’était pas occupé… surprenant pour des pros alors que les militaires ont prouvé qu’ils savent faire.

Les premiers pas des socialistes semblaient plutôt bons en matière de Défense, il ne faudrait pas que les maladresses s’accumulant, avec un vision étroite de la communication politique en situation de crise, ne provoque l’énervement. La centralisation et le contrôle étroit reviennent à créer une marmite.Pourquoi, à la douleur ajouter de la frustration? Le terrain, le management… Il ne suffit pas d’avoir des diplômes pour savoir.

Guisnel visiblement n’a pas aimé lui non plus. Oui la communication fait aussi partie du métier militaire. Il ne faudrait peut-être pas l’oublier.

Mais halte aux récriminations! Pensons à ceux qui sont dans la douleur. Honneur à ceux qui sont tombés.

La Rumeur: … on en reparle mais chuut!

Intéressant de constater que l’on reparle de la rumeur.

C’était au début de l’année le livre de Laurent Gailbraud (« Orchestrer la rumeur », Eyrolles) et hier le post synthétique de mon ami George Peillon sur le sujet:

Pour mémoire mon camarade Olivier Kempf avait interviewé Laurent Gailbraud pour son blog EGEA:

« 4/ Vous expliquez qu’une rumeur « se croit », mais « ne s’explique pas ». Et pourtant, vous affirmez qu’il faut « comprendre » la rumeur : d’où vient ce paradoxe apparent ?

Je pense surtout qu’une rumeur se ressent. Ce qu’il faut chercher à « comprendre » ce sont les ressorts humains qui sous-tendent le processus car ils sont récurrents. On pourrait synthétiser la question avec une seule interrogation : « qu’est-ce que mes contemporains ont envie d’entendre ? »

D’ailleurs, en terme d’influence, vous serez beaucoup plus efficace à comprendre les raisons de l’existence d’une rumeur que de chercher à la combattre. 91 % des rumeurs ont pour origine la haine et la peur. Il n’est pas besoin de beaucoup réfléchir pour voir sur quel registre il va falloir s’orienter. Quand vous aurez compris leur haine et leur peur vous devriez savoir ce qu’ils veulent entendre. Ceci devrait bien servir à quelque chose que cela soit aux politiciens ou aux chefs d’entreprises.

Vous souvenez-vous de la rumeur récente selon laquelle le président de la république serait mort ? Et puis pas mort dans son sommeil tranquillement mais dans un accident de la route avec relent de bain de sang.

C’était le 26 février 2012. A quelques semaines des présidentielles…« 

Porte-parole ci… porte-parole là… Dîtes-moi c’est quoi un porte-parole?

Un jour, en me recevant un chef m’a dit: »[…] Vous êtes mon porte-parole. Cela veut bien dire ce que cela veut dire. Vous portez ma parole et uniquement la mienne. » Vive l’initiative!

Alors moi en repensant à cela et essayant de tirer des conclusions de la dernière campagne présidentielle, je me suis demandé si les porte-parole étaient des perroquets ou bien des pédagogues ou bien des étouffoirs.

Parce que j’ai vu un étouffoir. Le problème est que je sais plus de qui il était porte-parole. Il avait une autorité hiérarchique, il prenait la parole heure par heure, pendant qu’une équipe de policiers coincés en sandwich entre le politique et un assassin retranché dans son appartement. Quand une opération est menée, il y a certainement besoin d’un porte-parole. Mais d’un gars qui connaisse la technique, qui explique le plus possible ce que font ses copains. Là, il y avait un porte-parole qui étouffait la parole des acteurs de terrain et l’accaparait à son propre profit. On a dû penser que les policiers ne savaient pas parler. Mais le problème est que le ministre ne connaît pas vraiment, pas suffisamment le travail technique des policiers. IL ne parle pas en fonction de l’opération mais d’un autre agenda. Il devient donc un maillon gênant dans la communication…. des policiers.  On a pu parler de récupération politique parce que justement le politique étouffait tout. La prise de parole du ministre est légitime mais pas au « contact ».

A mon sens, chaque niveau à son  porte-parole. Chaque parole est à destination d’un public. Les publics peuvent se confondre mais on ne doit pas oublier, pour parler comme les commerciaux, de les segmenter. Chaque parole permet de renforcer l’autre. Il est vrai que cela demande de la subsidiarité et donc de la confiance. Subsidiarité nécessite aussi cohérence et continuité…

J’en tire la conclusion que la façon dont travaille un porte-parole est un bon indicateur de ces deux notions… et donc de la nature de la communication.

Lors de la campagne, je n’ai pas compris le rôle des porte-paroles. J’avais l’impression qu’il y avait les candidats, leur porte-parole et puis tous les autres qui détenaient la parole du chef. Je n’ai pas compris… Moi pas fait pour la politique. A moins que les mots n’aient pas de sens: dans porte-parole… ;-)), à moins qu’il ne devienne un titre symbole de la confiance du chef, de la même façon que sous l’ancien régime on pouvait faire des ducs et des comtes.

Alors un porte-parole c’est quoi? C’est  quelqu’un qui parle de ce qu’il connaît… et parfois il vaut mieux faire parler quelqu’un d’autre de plus compétent et donc de plus crédible que de le faire. Le porte-parole est un pédagogue, un médiateur qui doit être capable de s’effacer et de rester en même temps vigilent. J’aime bien la métaphore du phare que l’on retrouve sur mon site (excusez pour la pub et l’autosatisfaction).

Le porte-parole c’est aussi le fusible du chef. Oui c’est ingrat sur le moment.

C’est aussi celui qui est au courant de ce que pense le chef et les chefs de ses chefs et les adjoints de ses chefs pour être capable de proposer des synthèses, mais surtout de saisir des occasions de prise de parole de façon décisive et autonome. Pas facile de savoir. Imaginez; le porte-parole est au contact des médias donc il est une source potentielle de fuite. Donc on le regarde de travers…

Bon d’accord il faudra que je vous fournisse le portrait du parfait porte-parole. Ce sera plus simple. Beau, vigilent, capable de s’adapter. Bref… j’attends qu’Hervé m’envoie une photo pas trop lourde; parce que celles que j’ai, je n’arrive pas à les désépaissir… Heuh moi pas connaître photoshop… Et puis je verrai si Hervé me lit 😉

Une belle brochette de porte-paroles au Kosovo qui travaillaient dans une respectueuse différence complémentaire. Merci à Hervé… ;-))