Archives de Catégorie: Gestion de crise

Comment faire après ces heures tragiques? Réflexion modeste mais d’espoir sombre qui vaut ce qu’elle vaut.

Chacun à sa place peut se sentir impuissant face à la barbarie qui s’est déchaînée vendredi soir. Chacun à sa place peut se sentir concerné. Que faire, moi qui n’ai aucun pouvoir, moi qui n’ai aucun moyen pour agir, moi qui doute quand même du résultat de la mobilisation qui a de fortes chances de ne pas avoir de lendemain.

Alors j’écoute la radio pour me faire croire que je m’associe concrètement à la douleur de gens que je connais peut-être, que je connaitrais peut-être demain parce qu’ils annuleront un rendez-vous prévu de longue date. Alors j’écoute la radio: « il faut faire plus!  » « ils n’ont pas été prévoyants » « il faut frapper fort! »

Alors j’écoute la radio et les incantations m’exaspèrent, augmentent mon sentiment d’impuissance, de révolte. Je coupe la radio, le net, facebook, twitter. je jette tout. Marre! J’en ai marre!

Marre! Pourquoi en est-on là? Parce que des hommes et des femmes (ne les oublions pas il doit y en avoir aussi) veulent imposer leur façon de voir. Cette façon de voir correspond-elle à quelque chose? Les Musulmans, les érudits disent que cette façon d’agir suicidaire, cette façon de décapiter les otages ne correspond pas au message de l’Islam. Alors qu’est-ce qui les pousse, ces sauvages-là, à venir se faire exploser inefficacement sur l’esplanade du Stade de France? A massacrer des gens froidement arme à la hanche? Quelqu’un leur a promis quelque chose qui dépasse notre entendement. Qui est, qui sont, ce quelqu’un?

Le drapeau tricolore et le dôme des Invalides symbole de résilience

Le drapeau tricolore et le dôme des Invalides symbole de résilience de force et de prestige

Xavier Raufer expliquait ce matin sur France Info qu’on ne savait pas qualifier Daesh. On connaît les cinquante personnes qui agissent, on connaît les conséquences de leurs agissement, mais on ne comprend pas leur motivation.

Alors certes on peut vouloir les capturer; les éliminer comme le souhaite le Premier ministre. Mais tant que nous ne connaîtrons pas leur motivation réelle nous ne pourrons pas les combattre efficacement. Ces cinquante là, qui semblent être issus de l’ancienne armée de Saddam Hussein, que veulent-ils? Comment arrivent-ils à embrigader, endoctriner leurs troupes, leurs assassins. Qu’en tirent-ils eux-mêmes?

Je pense que les armes aussi nécessaires soient-elles ne suffiront pas. Il faut mieux connaître ces cinquante là, faire connaître à leurs affidés leur objectif caché et les décrédibiliser. Quand ils seront tombés de leur Olympe, alors les écraser sera certainement plus facile. Quand ils seront décrédibilisés, il leur sera plus difficile d’envoyer en France, mais aussi en Europe des commandos barbares parce qu’ils ne trouveront plus personne pour en faire partie. Quand ils seront décrédibilisés, ils seront donc limités à une action en Syrie et en Irak. Quand ils seront décrédibilisés, ils pourront être étouffés dans leur repaire.

Donc il faut du renseignement, donc du temps et de l’argent mais peut-être et surtout de la volonté politique, de la volonté de la part des citoyens dans la durée.

Bon courage à nos dirigeants, pour qu’ils aient une vision claire de la situation, bon courage aux élus pour les aider à choisir et surtout pour les soutenir peut-être malgré nous, bon courage et bonne chance à nos agents de renseignement, bon courage à nos policiers et nos soldats. Ils donneront certainement leur sang dans la douleur.

Bon courage à vous, à nous.

Nous avons à réaliser des sacrifices, à accepter la douleur qui vient, dans la durée.

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J’aime beaucoup Jérôme Cahuzac et sa scupidité

Je suis sûr que vous ne me croyez pas!

Et pourtant, j’apprécie beaucoup ce monsieur qui représente bien le concept de scupidité inventé par un de mes camarades (cf post plus haut). En plus de la cupidité et presque de la stupidité s’ajoute le goût du pouvoir et de la représentation.

Je ne veux pas hurler avec les loups ni surtout frapper un homme à terre.

Mais je vous dis que j’apprécie beaucoup les erreurs et le fautes commises par cet homme. Elles permettent de rappeler ce qu’exigeait certains révolutionnaires: les élites doivent être intègres si ce n’est pures. Quand on a des responsabilités on doit agir publiquement en cohérence avec sa vie quotidienne. Quand on communique, on ne ment pas.

Cahusac

Cohérence, mensonge, fraude, tout cela est présent dans cette affaire. Pourquoi? Parce que les partis chargés de sélectionner les élites politiques n’ont pas fait leur travail. Je pense réellement que c’est le leur, et pas celle du gouvernement. Ont-ils les moyens de vérifier les dires de leurs membres? Peut-être pas, auquel cas peut-être peuvent-ils demander l’aide de l’État. La difficulté est de savoir dans quelles limites. Mais ce sont bien les partis qui doivent présélectionner les candidats. J’aimerais qu’il y ait un cursus honorum à la romaine pour les élus et qu’ils ne puissent exercer leur mandat trop longtemps pour éviter les baronnies, pour faciliter l’implication d’un plus grand nombre dans la vie démocratique qui apparaît aujourd’hui quelque peu confisquée.

Moi j’aime bien cette affaire. Et je pense que le président de la République aussi… Vous ne me croyez pas? Peut-être va-t-il pouvoir ainsi provoquer un salutaire débat sur le statut des élus, sur le cumul des mandats? Il n’est pas normal que les élus soient dans leur grande majorité issus de la fonction publique sans connexion réelle avec le monde économique. Il faut crédibiliser nos élus pour éviter les dérives démagogiques.

Maintenant, j’espère qu’on ne poussera pas à bout cet homme qui pourrait être à la retraite.

Moi j’aime bien l’affaire Cahusac. J’en espère beaucoup!

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Reflexions en passant

Cette semaine j’ai bien aime les post de Jean-Do Merchet et celui de Michel Goya(blog la voie de l’épée). Les medias qui savent tout et jugent tout sont tellement pris dans le tourbillon de l’urgence de l’immédiateté qu’ils oublient de prendre du recul. La guerre et le feu tuent. On sait quand commence une guerre, on ne sait pas quand elle se finit. La guerre c’est la rencontre de deux volontés. Il faut au moins savoir ça quand on est secrétaire de rédaction et éditorialiste. Ne pas le savoir c’est se mettre a la merci de la propagande.
Une interrogation sur un autre sujet: une association de bénévoles (bien sur) sur laquelle ne pèse aucune menace vitale cherche a crediliser son discours et s’adjoint les services d’un conseiller. D’un autre cote une PME sur laquelle pèse une menace vitale diffère une intervention. On marche sur la tête.

Findus, Spanghero et tous les autres: Scupidité!

Scupidité!

Quel drôle de nom! Pourquoi pas… libellule ou papillon?

Scupidité un beau néologisme pour souligner le cycle infernal dans lequel une partie de notre société est enfermée: mélange de cupidité et de stupidité « la scupidité qualifie les comportements humains irrationnels, égoïstes exclusivement guidés par l’appât du gain  et  le profit immédiat ».

« Scupidité », est un roman écrit par Fancelo Mornein, un copain qui dénonce la recherche de profit rapide dans les télécoms.

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Scupidité c’est aussi ce qui me vient à l’esprit en écoutant les uns et les autres commenter l’actualité alimentaire de la semaine. Nous pourrions nous aussi parler de ce scandale et mettre en exergue les erreurs de communication dans la crise. Facile de taper sur les gens à terre et de se faire valoir. Plus difficile d’aller au devant des gens que l’on pressent en difficulté et qui ne le voient pas, ou ne veulent pas le voir. La pédagogie est nécessaire mais… Mais cela n’empêche pas non plus de travailler sur le sujet et les mécanismes de cette crise. Vous vouliez peut-être que je vous donne mes impressions? Je réponds… : scupidité.

Scupidité: dans cette affaire on redécouvre les conséquences de ce que dénoncent certains petit producteurs agricoles: pression excessive sur les fournisseurs pour garantir les marges de profit importantes et rapides. On est tellement pressé de faire de l’argent qu’on oublie, on feint (?) de ne pas contrôler. On se voile pudiquement la face et on pousse pratiquement à la fraude.

Scupidité: voilà un beau mot pour prendre du recul, pour aborder une anti-thèse, une idée que m’a soumise un client, il y a quelques temps : « je suis responsable de mes fournisseurs, je dois plus penser à mes fournisseurs qu’à mes clients. Le jour où par une pression excessive sur mes fournisseurs, je les ai éliminés, je ne suis plus rien. Je dois prendre peut-être plus soin de mes fournisseurs que de mes clients. Ils me nourrissent, ils me donnent des idées. » Le client roi, détruit le client.

Nous sommes, me direz vous loin du sujet principal de ce blog. Peut-être pas autant qu’on le croit. La scupidité ambiante ne génère-t-elle pas la perception diffuse que l’on ne peut avoir confiance en rien. Perception: nous sommes dans la com.

Alors en comparaison des questionnements du début de la semaine, que je formulais à haute voix en compagnie d’étudiants en licence, la renonciation du Pape semble servir de contrepoint à cette folie scupide. Un nouveau pape est appelé à régner. Quel drôle de nom…

Scupidité: Merci Fancelo pour ce beau mot qui fait réfléchir.

Le théorème de Lubrizol: Face à un risque industriel, comment communiquer?

Carte Lubrizol source Frce InterUne analyse intéressante de communication en situation de crise à propos de la fuite de gaz le mois dernier en Normandie. http://www.economiematin.fr/les-experts/item/3331-fuite-gaz-lubrizol-mauvaise-odeurLubrizol France 3

Il est intéressant de noter le décalage entre la perception de l’administration locale et celle de la population dont fait partie l’auteur, la difficulté à expliquer ce qui se passe et en conséquence un résultat de méfiance. Il serait intéressant d’avoir le retour d’expérience de l’entreprise, de la préfecture et du MDD.

Masque Lubrizol sce Frce Info

Pourrait-on poser comme théorème qu’une crise, sous l’angle de la communication, est bien gérée lorsque cette crise n’est pas trop intense trop longtemps et surtout qu’elle ne laisse pas de méfiance dans les esprits?

On pourrait en trouver un autre visant à expliquer qu’une guerre occupe bien les médias, et qu’on a somme toute très peu entendu parler, ou du moins de façon critique, de Lubrizol au moment de la fuite. La communication de crise, c’est aussi tenir compte du facteur chance appelé Actualité.

Tactique, communication et diplomatie

FdeStVictor@Marsattaqueblog A noter : la coordination de reprise de Gao – FS, troupes conventionnelles (françaises et africaines), appui-feu, etc. Du grd art militaire

Voilà un tweet qui résume certes une réussite tactique impressionnante, mais permet surtout de souligner que les planificateurs de la manœuvre ont pris en compte les impératifs politiques et diplomatiques.

Depuis le début de la crise malienne, la France proclamait qu’elle ne voulait pas agir seule. Le rezzou du milieu du mois l’a obligé à agir pratiquement seule.

Au bout de la deuxième semaine, elle affiche la capacité de ses forces à créer la surprise tactique et diplomatique. Maintenant les Africains sont là! Ce n’est plus la France seule qui monte au combat. Personne n’est dupe, c’est bien elle qui commande, mais elle affiche la confiance qu’elle met en des armées parfois injustement méprisées par certaines armées occidentales.

carte MAli

Ainsi elle favorise la poursuite de l’action vers le nord, souligne la solidarité franco africaine, son efficacité dans une opération techniquement difficile.

Mieux que des images? Certainement, car cette action laissera indubitablement plus de traces dans les relations franco-africaines que celles de la photo du masque. Le symbole passe par l’ancien fief islamiste.

Cà c’est de la com!

Serval: Enervement et recul ou le besoin du calme des vieilles troupes

Facile de s’énerver quand les copains sont dans l’urgence, qu’on voit une communication qui fait la part belle aux politiques alors que les militaires éteignent le feu et qu’ils ne semblent pas avoir la parole.

Pas mal choisi ce félin pour bondir sur l'ennemi

Pas mal choisi ce félin pour bondir sur l’ennemi

Les premiers temps de l’action après les premières frappes françaises contre les islamistes effectuant leur rezzou vers le sud Mali, nous n’avons pas vu les habituels porte-paroles militaires intervenir face aux caméras… Énervement.

La parole est portée par le président de la République et le ministre de la Défense, dans une moindre mesure par le ministre des Affaires étrangères. Pas de militaires, tout au plus un amiral chef d’état-major de armées, en second plan derrière son ministre. C’est normal me direz vous. Le chef des armées doit expliquer sa décision. Le ministre l’explicite en pratique.

Oui, mais dans la durée, ils ne vont pas tenir ces messieurs. Alors il faudrait qu’ils laissent la parole aux militaires. N’auraient-ils confiance en eux?

L’interrogation est forte, vous le comprenez.

En parallèle, les médias se plaignent d’un manque d’info, et surtout d’un manque d’images… Mais qu’est-ce qu’ils font les copains? Allez, en avant! Expliquez à l’officier communication qui est là-bas qu’on ne met pas la main devant l’objectif d’une caméra , que c’est contre-productif. Allez quoi!

Et puis ce masque, mis en valeur par l’AFP. C’est quoi ce sketch? En plus à la Légion! Mais au secours! Ce n’est pas carré tout cela! Eh  les gars réveil!

Réveil? Mais c’est peut-être moi qui dois me réveiller!

Au départ quel est l’objectif? Que peut-on montrer? L’objectif est d’affirmer la volonté de la France de mettre fin à l’agression, d’affirmer le changement de posture politique qui jusqu’à présent visait à ne pas s’aventurer seul dans la désert, en protégeant le plus possible les otages français. Était-ce le rôle des militaires dans ces conditions? Je crois que non… En parallèle, que pouvaient-ils montrer. Les Forces spéciales, on évite, les autres ne sont pas encore là. Cette opération sera-t-elle spectaculaire? Le problème n’est-il pas que les journalistes pensent que la guerre est un spectacle?

La naissance d'un poids lourd au gouvernement?

La naissance d’un poids lourd au gouvernement?

Ce qui est intéressant aussi, c’est que Jean-Yves Le Drian est maintenant connu hors de sa Bretagne natale… On découvre un ministre simple, qui réfléchit et s’exprime comme un citoyen normal et non comme un énarque. Ses phrases ne sont pas stéréotypées. On a l’impression d’un professeur qui explique. D’ailleurs enseigner, n’était-ce pas son métier premier? La crise le révèle aux Français en parallèle de l’affirmation de François Hollande en chef de guerre.

Quant au masque, je n’ai ni lu ni entendu de commentaires politiques sur le sujet. Ce n’était pas important pour eux. Ce sont les militaires qui semble-t-ils se sont exprimés de cette façon… avec demande de sanction etc… Mais en fait, derrière le légionnaire -puisque, apparemment, il s’agit d’un légionnaire- transparaît un homme de sa génération, bien dans le monde, non dénué d’humour. Et si par plaisanterie tout le groupe, tout le peloton était équipé d’un tel foulard? Le message adressé à l’ennemi, car l’islamiste est bien désigné comme tel par le politique puisqu’il faut le détruire, est clair. Pas seulement par le politique, mais aussi par le simple soldat… L’humour traduit aussi une forme de confiance en soi.

Alors avec cette actualité politico-militaire, on retrouve l’importance du calme et du sang froid dans une période agitée, dans une période de crise. Avant de commenter, mais aussi de décider, il convient prendre du recul. Une fois de plus le calme des vieilles troupes, çà a du bon.

Bon courage les gars. On garde en première place de notre mémoire ceux qui sont déjà tombés pour nous.